Dérives des deepfakes IA : scandale d’images dénudées sur X (Twitter)

Dérives des deepfakes IA : scandale d’images dénudées sur X (Twitter)

Une nouvelle controverse secoue le réseau social X (anciennement Twitter) : des images représentant des femmes « déshabillées » grâce à l’intelligence artificielle ont récemment circulé massivement sur la plateforme, suscitant une onde d’indignation. Ce phénomène, loin d’être isolé, révèle le détournement croissant des technologies IA à des fins humiliantes, non consenties et à haute toxicité sociétale. Derrière les prouesses techniques se cache un envers sombre : l’exploitation illégale des données personnelles et l’objectification numérique des corps féminins, à grande échelle.

Utilisation controversée de l’IA générative pour créer de fausses images de nudité

Le scandale mis en lumière par les récents articles de presse, notamment relayés par 20 Minutes, concerne des publications devenues virales sur X : elles présentent des femmes habillées sur des photos réelles, transformées en versions « nues » grâce à des outils d’intelligence artificielle. Plusieurs victimes ont reconnu leur visage, mais dans des scènes générées sans leur consentement, les exposant à une forme de cyber-exhibition forcée gravement traumatisante.

Technologie DeepNude et alternatives similaires : le cœur du problème

Ces détournements s’appuient sur des dérivés de la technologie DeepNude, une solution autrefois populaire – et aujourd’hui interdite – permettant de rendre des corps « visiblement déshabillés » à partir de simples images habillées. Depuis, des alternatives plus performantes ont émergé, alimentées par des modèles génératifs comme Stable Diffusion, assortis d’outils entraînés sur des bases de données photographiques non autorisées.

Le processus implique souvent une surcouche algorithmique permettant non seulement la suppression des vêtements, mais aussi la reconstruction réaliste d’anatomies imaginaires. Ces modèles sont généralement disponibles via des serveurs semi-privés, parfois proposés sur des forums de hacking ou Telegram, rendant leur traçabilité difficile.

X : une plateforme favorisant la viralité, malgré les signalements

Le canal de diffusion privilégié fut ici le réseau social X, où des comptes automatisés ou anonymes ont publié en rafale des dizaines d’images générées. Les modérateurs ont été accusés de lenteur dans la suppression du contenu, voire d’inaction dans certains cas, favorisant la viralité de contenus hautement préjudiciables. Les images avaient eu le temps d’essaimer sur d’autres canaux, groupes privés et bases de données hors-ligne avant toute mesure éventuelle de retrait.

Impacts éthiques, sociétaux et psychologiques : un traumatisme numérique profond

Humiliation publique, harcèlement facilité

Les victimes principales de ces contenus sont des femmes dont les visages ont été utilisés sans leur aval. En plus de la diffusion non consentie, beaucoup ont rapporté avoir été la cible de moqueries, de commentaires sexualisés, voire de pressions et de harcèlement. Cette pratique d’IA invasive est devenue une nouvelle forme de « revenge porn algorithmique » – sans qu’il n’y ait nécessité d’une quelconque photo intime réelle préexistante.

Une atteinte systémique aux droits numériques

L’affaire révèle une problématique plus large autour de la vie privée à l’ère de l’intelligence artificielle. Chacun peut potentiellement devenir victime de ce type de détournement visuel, illustrant une faille dans la législation numérique et les outils de protection de l’image personnelle. La difficulté à faire retirer ces contenus, leur viralité incontrôlable et la difficulté d’en retracer l’origine posent un défi crucial à la régulation des technologies IA.

Un cadre juridique encore largement en retard sur la technologie

Vide législatif européen sur les deepfakes IA à caractère sexuel

Alors même que l’Union européenne a récemment adopté les dispositions du Digital Services Act (DSA) et travaille activement sur l’AI Act, les lois restent insuffisantes pour répondre à ces usages déviants. En effet, aucune régulation spécifique ne s’applique actuellement aux deepfakes à visée sexuellement explicite fabriqués par IA, tant que ceux-ci ne ciblent pas une personnalité publique dans un but de manipulation politique ou économique directe.

Certaines dispositions nationales, comme en France avec l’article 226-8-1 du Code pénal (relatif à la « fausse image à caractère pornographique »), permettent de poursuivre les auteurs de tels actes, mais encore faut-il les identifier. Ces procédures sont longues, complexes, et rarement couronnées de succès.

Des plateformes encore trop passives face aux dérives IA

Les géants du numérique, X en premier lieu, sont aujourd’hui contraints à une réaction face à la pression médiatique et publique. Mais comme le démontrent les retards de modération de cette affaire, les systèmes de détection automatique des contenus IA malveillants sont encore insuffisants ou peu efficaces.

Des solutions technologiques commencent à émerger, tels que les détecteurs de contenu IA, capables d’identifier une image générée artificiellement – une piste à explorer plus en profondeur dans les dispositifs de modération automatisée.

Quelles solutions pour encadrer les dérives de l’IA générative ?

Responsabiliser les développeurs et interdire les modèles dangereux par défaut

De nombreux chercheurs plaident pour une éthique du développement IA fondée sur le « default safety » : tout modèle devrait être, par défaut, désactivé pour la génération de contenus susceptibles de nuire aux individus. Cela impliquerait aussi une surveillance accrue des dépôts open source, où certains modèles sont diffusés avec leurs poids d’entraînement, ce qui facilite leur personnalisation à des fins malveillantes.

Éducation et sensibilisation : un rempart sociotechnique

La lutte contre ce type d’abus repose aussi sur l’éducation à l’esprit critique numérique. Repérer une IA mal utilisée, comprendre le fonctionnement des deepfakes, savoir signaler un contenu ou appuyer juridiquement une victime sont désormais des compétences essentielles. Ces problématiques rejoignent celles déjà soulevées dans le cadre de l’introduction de l’IA à l’école, où le juste encadrement des usages conditionne son acceptabilité sociale.

Quand la responsabilité sociale de l’IA devient une urgence politique

Engagement attendu des acteurs technologiques

Devant l’accélération des violences numériques facilitées par des outils performants mais accessibles, les éditeurs d’outils génératifs ont un devoir d’anticipation. Certains comme OpenAI ou Google ont déjà mis en place des limitations sur la génération d’images à caractère explicite. D’autres doivent encore franchir ce pas en intégrant des filtres plus robustes, voire des mécanismes d’identification des visages intégrés aux pipelines IA afin d’en refuser le traitement s’il s’agit de visages humains réels non consentis.

Vers des outils d’alerte et de traçabilité mieux intégrés

Des sociétés travaillent à l’intégration de filigranes IA invisibles, qui permettraient d’identifier automatiquement des contenus générés artificiellement, même après compression, recadrage ou modifications mineures. À moyen terme, l’infrastructure numérique devra intégrer nativement les moyens de signaler, tracer et bloquer la dissémination de ces contenus à l’échelle de la chaîne technique (hébergeur, CDN, moteur de recherche, réseau social…)

Dans la sphère B2B, l’intelligence artificielle occupe souvent une place plus vertueuse, notamment dans le marketing, la productivité ou la génération de contenus optimisés. Il est important de rappeler l’exemple positif d’outils tels que ceux dédiés à la création visuelle professionnelle, où l’usage de l’IA répond à des objectifs clairs, transparents et bénéfiques pour toutes les parties.

Conclusion : déshabiller les corps sans leur consentement, c’est dévoiler l’échec collectif des garde-fous IA

Le scandale sur X illustre à quel point les applications prometteuses de l’IA peuvent rapidement être détournées en instruments d’humiliation, de harcèlement et de déshumanisation. Ce cas demeure un signal d’alerte pour les régulateurs, développeurs et plateformes : l’ère de l’IA ne peut progresser sans y adjoindre des principes d’éthique, de responsabilité et de protection. Car au-delà de la prouesse technologique, ce sont des vies humaines – et leur dignité – qui sont touchées.

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