Les agents conversationnels propulsés par l’intelligence artificielle (IA) occupent une place de plus en plus importante dans le paysage technologique et économique. Leur développement rapide soulève des enjeux cruciaux en matière de concurrence, d’accessibilité et d’innovation. Face à ces évolutions, l’Autorité de la concurrence française a pris une décision inédite : elle s’est autosaisie pour examiner de manière proactive le fonctionnement du marché des agents conversationnels IA. Une initiative qui illustre l’importance stratégique croissante de ce secteur et la nécessité d’un cadre adapté pour préserver une concurrence équitable.
Pourquoi l’Autorité de la concurrence s’intéresse aux agents conversationnels IA
Une technologie en plein essor aux implications économiques majeures
Les agents conversationnels intelligents, tels que Siri, Alexa, ChatGPT ou encore des solutions sur mesure déployées en entreprise, connaissent une adoption exponentielle. Grâce aux récents progrès en traitement du langage naturel (NLP), ils sont capables de simuler de manière crédible une conversation humaine et de répondre à des besoins variés : services clients, recherche d’information, soutien commercial, productivité…
Cette montée en puissance soulève des questions fondamentales sur la structuration du marché : qui sont les acteurs dominants ? Quels modèles économiques prédominent ? Y a-t-il des effets de verrouillage (lock-in) technologique ? Et surtout, comment garantir l’innovation tout en favorisant l’émergence de nouveaux entrants ?
Une autosaisine justifiée par les risques concurrentiels potentiels
L’Autorité de la concurrence s’est donc autosaisie – une procédure rare – pour mieux évaluer les enjeux spécifiques de ce segment. Elle souhaite recueillir un maximum d’informations sur les conditions d’accès au marché, les pratiques commerciales des grands acteurs, la compatibilité des modèles économiques avec une concurrence ouverte, ou encore les obstacles rencontrés par les start-ups ou entreprises intermédiaires.
Cette initiative proactive reflète une volonté de prévenir d’éventuels comportements anticoncurrentiels avant qu’ils ne se généralisent. Elle met également en lumière la nécessité d’accompagner la régulation versus l’essor de technologies aux enjeux systémiques.
Le périmètre de l’enquête : écosystème, modèles économiques et points de friction
Examiner la chaîne de valeur des agents conversationnels
L’enquête ne se limite pas aux seules interfaces utilisées par les utilisateurs finaux. Elle s’étend à l’ensemble de la chaîne de valeur : fournisseurs de modèles de langage (LLM), acteurs du cloud, plateformes d’hébergement, développeurs de solutions IA intégrées, etc. Le but est de comprendre les dynamiques d’interdépendance entre les différents maillons de la chaîne et leurs effets sur la concurrence.
Des géants comme OpenAI, Microsoft, Google ou Amazon se retrouvent ainsi au cœur des observations, notamment en raison de leur double rôle de fournisseurs de technologies fondamentales et d’opérateurs de plateformes concurrentes.
Identifier les barrières à l’entrée pour les nouveaux acteurs
L’un des volets centraux de l’analyse porte sur l’accessibilité à certaines ressources stratégiques : infrastructures de calcul (GPU, cloud), modèles entraînés, données d’entraînement, intégrations avec d’autres systèmes SaaS, etc. Ces éléments peuvent représenter de puissants leviers de domination pour les acteurs déjà établis.
Des solutions comme CustomGPT.ai ou SiteSpeakAI permettent aux PME de créer des agents conversationnels IA sans coder, mais ces innovations restent conditionnées à l’accès à des APIs ou à des modèles sous-jacents, rarement détenus par les petites structures. Cette dépendance structurelle pourrait restreindre l’émergence d’alternatives véritablement autonomes.
Ainsi, l’Autorité analysera de manière fine les effets de réseau, les positions de marché, et les conditions contractuelles imposées à ces nouveaux acteurs par les infrastructures dominantes.
Enjeux de souveraineté numérique et d’indépendance technologique
Une initiative régulatrice dans un contexte géopolitique tendu
La montée en puissance des géants de la tech américaine dans les technologies IA pose des questions de souveraineté stratégique pour l’Europe et la France. Aujourd’hui, la majorité des modèles conversationnels performants sont proposés par OpenAI, Google ou Meta, dont les modèles comme GPT-4, Gemini ou LLaMA structurent largement le marché mondial.
Cette situation implique une dépendance directe à des technologies non européennes, souvent hébergées sur des serveurs étrangers et encadrées par des règles d’usage opaques. L’Autorité de la concurrence pourrait ainsi, à terme, proposer des pistes pour limiter cette dépendance ou encourager le développement d’alternatives européennes robustes.
Favoriser les innovations locales et les modèles éthiques
Les experts s’accordent à dire que l’essor des modèles open source ou spécialisés localement est essentiel à la diversité technologique. Des outils comme Chatbase ou StackAI contribuent justement à cette évolution, en permettant, par exemple, de créer des chatbots personnalisés à partir de données internes.
Reconnaître l’importance de ces outils, et garantir leur accès équitable aux infrastructures critiques, pourrait participer à un marché plus équilibré. De plus, cela permettrait de promouvoir une IA plus éthique, respectueuse des principes de transparence, d’inclusivité et d’accessibilité pour tous types d’organisations, y compris publiques et à but non lucratif.
Quels scenarii pourraient découler de cette autosaisine ?
Recommandations, propositions législatives et jurisprudence européenne
À l’issue de cette autosaisine, plusieurs scénarii sont envisageables. Le plus probable à court terme est la publication d’un avis incluant des recommandations adressées aux acteurs du marché et aux pouvoirs publics. Cela pourrait également servir de base à une future proposition de régulation spécifique, à harmoniser avec le Digital Markets Act (DMA) européen, dont certains articles pourraient s’appliquer aux plateformes conversationnelles.
Par ailleurs, les enseignements tirés de cette enquête pourraient servir dans des contentieux futurs, s’il était démontré que certaines pratiques créent des déséquilibres manifestes sur le marché. L’objectif reste de créer un climat propice à une vraie concurrence, sans pour autant freiner l’innovation.
Une impulsion saluée par les éditeurs et les start-ups IA
Dans l’écosystème français de l’IA conversationnelle, cette décision est bien accueillie. Beaucoup d’acteurs indépendants alertent depuis des mois sur les conditions contractuelles imposées par les grandes plateformes de cloud ou les fournisseurs d’API IA. Certains dénoncent même une forme de « prédation algorithmique », consistant à former les modèles avec les interactions ou données de leurs propres clients sans recours possible.
L’autorité de la concurrence pourrait donc venir rééquilibrer le rapport de force et donner l’impulsion nécessaire à de nouvelles pratiques de marché, plus vertueuses et ouvertes. Cette régulation participative répond également à une demande croissante de mise en transparence des modèles IA et de leurs logiques d’interaction.
Les implications pour l’avenir du secteur en France
Un coup d’accélérateur réglementaire attendu par les professionnels
Le signal envoyé est fort : l’intelligence artificielle, et en particulier versant conversationnel, n’échappera pas à la vigilance des institutions. Cette dynamique vise à nourrir une IA équitable, où les pratiques de gatekeeping sont réduites, les conditions d’entrée clarifiées et la création de valeur mieux répartie.
Dans ce contexte, automatiser des interactions utilisateurs grâce à des interfaces comme SiteSpeakAI ou CustomGPT.ai devient une stratégie plus accessible aux entreprises, qui n’ont plus à s’aligner exclusivement sur les offres américaines pour industrialiser leur expérience client.
Vers une IA conversationnelle éthique, accessible et compétitive
À long terme, l’enquête pourrait produire des effets catalyseurs sur la structuration du marché français et européen. Elle pourrait encourager les investissements dans l’IA souveraine, favoriser les conditions d’émergence de modèles alternatifs (open source, spécialisés), et inciter à des pratiques transparentes et responsables dans la collecte et l’utilisation des données conversationnelles.
En associant transparence réglementaire et ambitions industrielles, la France se donne aujourd’hui les moyens de bâtir un écosystème concurrentiel, innovant et respectueux des droits fondamentaux. Un chantier de taille, mais indispensable à l’échelle de la décennie à venir.
Avec cette autosaisine stratégique, l’Autorité de la concurrence envoie un message clair : il est temps de penser l’IA conversationnelle non seulement comme une révolution technologique, mais également comme un enjeu de politique industrielle et sociale. Les prochains mois, entre consultations et résultats attendus, seront déterminants pour l’équilibre du secteur et l’avenir de l’innovation numérique en France.









